J’ai eu envie de voir « Lost river » à la fois par curiosité, parce que c’est un film écrit et réalisé par Ryan Gosling et parce que je trouve l’affiche superbe et intrigante. Je me suis demandé ce qu’il y avait derrière ce brouillard mauve et l’expression perdue des deux jeunes acteurs. C’est donc avec enthousiasme que j’ai accepté l’invitation à assister une avant-première suivie d’un entretien avec Ryan Gosling et Reda Kateb.

"Lost River", le premier film de Ryan Gosling

Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.

La présentation de « Lost river » sur Allociné

"Lost River", le premier film de Ryan Gosling

« Lost river » porte à l’écran une ville délabrée, dans laquelle l’on se demande vraiment comment âme peut vivre. Christina Hendricks, connue pour son rôle dans Mad men, interprète Billy, mère de deux enfants. Je me demandais comment le petit pouvait arriver dans la vie dans un tel dénuement, dans un monde sinistré, sans protection, dans lequel les jouets en plastique sont remplacés par du sang, dont on ne sait plus toujours bien s’il est artificiel ou réel. Je me suis même un peu inquiétée pour le jeune acteur et la pureté de son jeune âge à conserver pour son entrée dans la vie. Les personnages sont en insécurité permanente.

"Lost River", le premier film de Ryan Gosling

Je m’imaginais pendant la projection que la principale question que j’aurais eue à poser était, grosso modo, « Why so dark ? ». Je me demande souvent comment les auteurs qui écrivent sur l’obscurité, sur le trouble, sur le dérangement, sur la destruction peuvent trouver les ressources pour rester à flot dans leur vie et conserver une envie de clarté et de vitalité. Comment épouser si fort une part sombre de soi ou de sa vision du monde ?

« Lost river », c’est un univers qui va mal, gouverné par un caïd comme on pourrait les imaginer dans les territoires, américains notamment, que l’on ne parvient pas à concevoir ou à correctement se représenter. Que sait-on des bandes ou de ceux qui font régner la terreur ?

Pendant le film, et notamment pendant des scènes représentant le lieu de travail de Billy, il m’est arrivé de tourner les yeux car j’avais du mal à soutenir le poids des images. Et j’ai parfois un peu frémi. « Lost river » a sa scène stressante dans une station service (qui, après ça, a envie de mettre de l’essence dans une station déserte la nuit ?).

On est porté de bout en bout par nos questions, dans une envie certaine de leur apporter des réponses, de soulager un souffle retenu. Dans un film aussi inhabituel, qui ne cadre avec rien de ce que je connais ou regarde, on ne sait pas où l’on peut nous emmener. J’aurais probablement aimé un dénouement plus clair, au propre comme au figuré.

J’ai trouvé la bande originale parfaite pour le film.

"Lost River", le premier film de Ryan Gosling

Le jeu des questions-réponses m’a permis de mieux comprendre le film, son message et peut-être de mieux l’apprécier.

Ryan Gosling est canadien (dois-je préciser qu’il portait une chemise à carreaux lors de son intervention ? Comme quoi, tous les clichés n’en sont pas) et non états-unien comme certains pourraient l’avoir imaginé. Plus jeune, il avait une idée romantique de l’Amérique. Lorsqu’il a découvert Detroit, ville pas si éloignée de son pays natal, il a été surpris. On peut savoir que cette municipalité est touchée par la crise économique mais cela ne garantit pas que l’on arrive à se représenter ce que cela signifie. Ryan Gosling a vu des familles qui s’accrochaient à leur maison. Il a eu l’impression que les habitants se sentaient comme les derniers survivants d’un monde perdu. Il a ressenti comme une urgence à écrire et a trouvé qu’il y avait quelque chose d’universel dans ce qu’il voyait. Il a été interpelé par ces gens qui restent dans leur ville dévastée.

Il est allé filmer Detroit avant de tourner « Lost river », dont la ville est un personnage. Il n’a pas voulu faire un film spécifique sur Detroit mais montrer que deux adolescents qui vivent dans cette ville, représentée par le cinéma, peuvent espérer. Assez curieusement, le terme de conte de fées (noir) est souvent ressorti pendant le temps de questions-réponses avec Ryan Gosling. Je n’avais pensé à « Once upon a time », série basée sur la supposée existence des personnages de contes de fées dans la vie réelle, que lorsque le personnage de l’adolescente parlait de malédiction.

Les sources d’inspiration ou références ont été assez nombreuses. Le théâtre du Grand-Guignol de Paris ou le café de l’Enfer ont eu leur influence. Dans un autre registre, la rivière dans laquelle Ryan Gosling se baignait petit avait réellement englouti des villes. Cela l’a marqué. Inconsciemment, l’image de la rivière de son enfance est remontée à la surface.

Vous allez me faire remarquer que Reda Kateb était également présent à la fin de la projection. Ce Français, qui a récemment reçu un César, incarne un chauffeur de taxi, désintéressé et apaisant. Lorsqu’il a été contacté pour le film, il a été étonné que Ryan Gosling sache qu’il existe !

Je ne vous ai pas dit grand chose sur le reste du casting mais Iain De Caestecker est également convaincant en Bones, le fils aîné.

Ce film pas tout-à-fait pour moi n’a en tout cas pas fini de me faire réfléchir. J’ai dû publier ce billet et vous faire part de mes premières impressions à temps pour sa sortie mais je me demande ce que j’en garderai comme image dans quelques semaines. J’aurais pu écrire quelque chose de plus intellectuel et structuré mais, juste après la projection, j’en ai envoyé la description suivante à mon amoureux par texto : « Trop chelou le film !! #sang #incendies #boumboumlatetedesgens ». Quand j’ai entendu que le film avait été présenté à Cannes, cela m’a paru expliquer bien des choses. Les deux films vus là-bas, au Palais des festivals, en 2007 et 2008, m’avaient bouleversée et étaient loin de ce que je regarde habituellement.

« Lost river » est en tout cas une proposition intéressante et décalée, un genre de conte de fées cauchemardesque et qui laisse à chaque imaginaire le soin d’en déterminer les contours. Son réalisateur y voit une fin poétique. En tout cas, il s’agit clairement de cinéma indépendant américain. Je ne suis pas convertie au « thriller fantastique » mais conviens de l’originalité du film. Il me semble qu’après la lecture de mes impressions, la bande-annonce et l’alerte sur le côté un peu affreux de certaines scènes suffiront à vous faire imaginer si « Lost river » est un territoire visuel pour vous ou non…

Le film sort en salle ce mercredi 8 avril. Avez-vous l’intention d’aller le voir ?

www.lostriver-lefilm.com

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Appelez-moi Lili. J'ai 33 ans, vis avec Monsieur et, un week-end sur deux et la moitié des vacances, avec son fils Junior. J'habite à Paris depuis plus de 13 ans. J'aime voyager, aller au théâtre ou voir une comédie romantique, danser... et je suis gourmande !

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